dimanche 17 novembre 2013

"La femme qui possède tout en elle"...


Lien d'origine de cette image, à retrouver sur mon Pinterest

J'ai eu envie de revenir sur un propos entendu dans une émission radiophonique qui m'avait interpellé. Je l'ai retranscrit ci-dessous mais étant donné qu'il s'agit de langage parlé, il est sûrement mieux de l'écouter ici. Ça se situe vers 11'25''. Je le confesse, je n'ai pas écouté l'émission en entier car si je devais écouter toutes les émissions qui me "bousculent" sur France culture, ben je n'aurais plus de temps pour vivre à côté, tout simplement (c'est d'ailleurs la seule raison matérielle pour laquelle je paie la redevance tv-radio !). Du coup, j'attrape comme ça, par moments, des bribes qui me nourrissent pour un certain temps. 
Il s'agissait de l'émission "Révolutions médicales" de René Frydman du 28 mai 2013 intitulée "Le sujet âgé" dans laquelle intervenaient Catherine Bergeret-Amselek, psychanalyste et Françoise Forette, professeur de médecine interne et de gériatrie à l'Université Paris V.

A la question 'pourquoi les femmes ont-elles une espérance de vie plus longue que les hommes', la professeure de médecine répondit qu'on ne savait pas mais qu'il y avait probablement des raisons génétiques à cela. Et la psychanalyste formula l'hypothèse que je souhaite simplement partager avec vous, pas tant pour la réponse apportée à la question qui est posée mais pour ce qu'elle contient d'intéressant :
"L'hypothèse que j'ai, au niveau psychologique, c'est que toute sa vie la femme est amenée à contenir en elle. Elle reçoit le sexe de l'homme en elle lors de la pénétration de l'acte sexuel, elle porte l'enfant en elle, elle a ses règles, elle accouche, elle est prise dans les bouleversements de la ménopause. 
Autrement dit, elle est habituée à s'ouvrir et à contenir.
Elle est dans un travail archaïque très profond, perpétuel, où la "corporéité", comme on dit nous, c'est à dire les premières sensations précoces que la mère transmet au bébé - et ça va vous intéresser, Professeur Frydman, évidemment, vous, les bébés -, ce qui fait que ces traces généalogiques enfouies dans la corporéité souvent restent muettes et la mémoire du corps, la crypte de la mémoire du corps, s'ouvre à chaque étape existentielle clé, que je viens de citer, de la vie : naissance, adolescence, maternalité, ménopause, maturescence et naissance.
Les hommes, eux, sont dans l'extériorité, dans le faire.
La femme est dans l'être, être avec, être en soi.
L'homme est moins en contact avec l'archaïque. C'est pourquoi dans l'andropause, vers 65 ans, les dépressions sont beaucoup plus pathologiques chez l'homme. Il y a des suicides aussi. Les femmes, elles, sont habituées à contenir, elles accompagnent. Ce sont les femmes de 60 ans aujourd'hui, génération pivot, qui s'occupent des vieux parents quand ils vont mal et qui ont à endosser des choses avec les enfants qui n'en sont plus."
"Oui, mais pourquoi ça les fait vivre plus longtemps ?" (demande François Forette)
"Parce que la corporéité de contenance fait qu'elles vont moins dans la dépression pathologique, elles restent plus dans des crises existentielles maturatives. Le danger à chaque carrefour de la vie, c'est qu'il y a un retour, une régression qui se produit. La régression peut être curative ou pathogène. Si elle est pathogène, ça peut donner des somatisations, des décompensations psychotiques, et des accidents, des identités "faux-self", c'est à dire qu'on a l'impression à l'extérieur que tout va bien et à l'intérieur ça ne va pas si bien que ça. Et on le voit en analyse d'ailleurs, il y a beaucoup plus de femmes que d'hommes qui formulent ces demandes-là. La femme, elle parle plus d'elle-même.
Deux hommes ensemble parlent de ce qu'ils font.
Deux femmes ensemble parlent de ce qu'elles sont."
Passez une bonne semaine, vous.

7 commentaires:

  1. C'est très intéressant et très vrai. Un grand merci pour le partage, j'ai lu avec beaucoup d'attention !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Contente que ça ait touché ton esprit ! :)

      Supprimer
  2. "deux hommes parlent de ce qu'ils font, deux femmes de ce qu'elles sont" j'ai trouvé ça assez pertinent bien que je n'aime pas trop enfermer les sexes dans des cases :) merci beaucoup pour le lien !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Avec plaisir. Je pense qu'il s'agit ici de les distinguer.

      Supprimer
  3. Merci pour cette citation, ça me donne opportunément de beaux éléments de réflexion...
    Il y a des jours comme ça où le hasard (mais y-a-t'il un hasard !?) nous fait tomber sur des phrases lumineuses.
    C'est beau chez vous !

    RépondreSupprimer
  4. L'une est dans l'être, l'autre dans l'agir. Il y aurait de quoi développer tant sur le plan de la philosophie morale que sur celui de la psychologie.
    Mais j'interviens là parce que je suis heureuse que Minie ait laissé une trace de son passage, j'appréciais tant son blog, sa finesse, son esthétique, et aussi les petits personnages que, modeste, elle ne montrait jamais mais qui ont fait le délice des enfants qui les ont eus sous les yeux.

    RépondreSupprimer