mardi 6 mai 2014

Ma petite cuisine


J'aime bien les mixtures de sorcière.
Je n'aime pas claquer dans les produits de beauté. Acheter l'idée de la beauté ou l'idée de la jeunesse... autant se préparer son petit élixir si possible avec les odeurs que l'on aime.
Bon il ne faut pas que ce soit compliqué quand-même, je n'y passe pas beaucoup de temps.
En fait, je suis très terre à terre (et pas très poétique) : un produit que je mets sur moi doit être le plus simple possible, remplir telle fonction et donner tel résultat. S'il ne le fait pas ou le fait mal ou provoque d'autres problèmes, je ne le mets pas, tout simplement, et me remets en quête du produit simple qui va pouvoir assurer cette fonction. C'est comme ça qu'il m'est arrivé de trouver des solutions simples à des problèmes compliqués.
Ma petite cuisine va donc vous paraître austère mais ça peut donner des idées.
Les produits de base, on peut toujours les agrémenter d'autres agents naturels selon les vertus recherchées, les envies en odeurs du moment, etc. (en pianotant sur Aroma-Zone, ce ne sont pas les idées qui manquent). Pas si austère que ça en fin de compte.
Dans ma salle de bain, on trouve pas mal de produits de cuisine, vous allez voir...

Pour le visage

▹ C'est encore en phase d'expérimentation pour le nettoyage du soir (le moment où on est le plus sale quoi) :

Après m'être pendant des années savonnée le visage chaque jour, je suis passée à l'eau micellaire car parait-il c'est plus adapté au PH de la peau, comparé au PH de l'eau (par chez moi, l'eau est en plus très calcaire).
Mais je veux désormais trouver une solution alternative car je n'aime jamais le principe d'utiliser un agent nettoyant qui ne se rince pas, aussi soit-disant "clean" peut-il être (pas parano moi... quoiqu'il en soit, les solutions dites "naturelles" se sont toujours révélées les mieux adaptées pour moi).

Je n'en suis pas encore au caveman regimen, mais voici ce que je teste actuellement :
Exit le coton qu'on jette, j'utilise un linge ou gant (le plus doux possible quand même, histoire d'éviter l'opération décapage réitérée chaque jour) que je trempe dans l'eau chaude (parce qu'elle dissout plus que l'eau froide) et puis je vaporise sur mon linge ainsi mouillé une légère pluie de vinaigre de cidre qui vient compenser le PH de mon eau calcaire (pas bête la guêpe).
Je me le passe délicatement, en essuyant visage et cou. Sur le moment, ça ne sent pas très bon (eh oui le vinaigre...), mais c'est vite compensé par ce que l'on se met ensuite.
A noter que c'est une méthode issue de mes propres raisonnements... donc pas du tout garantie quant à sa validité scientifique mais mes débuts d'expérimentation (environ trois semaines) me satisfont.
Je nettoie ensuite mon linge au savon de Marseille.

Pour me démaquiller (sachant que je ne me maquille pas systématiquement), j'utilise avant cette phase de nettoyage le liniment oléo-calcaire de mes enfants ! (qui n'est autre, il me semble, qu'un mélange à proportions égales d'huile d'olive et d'eau de chaux). Bien pour les fesses des bébés, mais pas que. C'est très agréable et ça marche très très bien. Une petite noisette que l'on masse avec ses doigts sur le contour des yeux et les parties maquillées. Cela dissout les maquillages les mieux fixés, et il ne reste plus qu'à procéder au nettoyage comme décrit plus haut pour faire partir le tout.

・Après le nettoyage, il y a un principe que j'applique toujours, y compris pour le corps : je ne laisse jamais ma peau sécher complètement afin de ne pas l'assécher et de pouvoir faire pénétrer l'agent hydratant posé ensuite, qui n'est autre qu'un mélange d'huile et d'eau justement.
Sans me sécher le visage humidifié au linge donc, je me vaporise un hydrolat de mon choix (mon préféré étant pour le moment celui de géranium qui sent si bon pour qui aime les odeurs très "fleuries" - il y a des termes cons quand-même...). Et adieu l'odeur de vinaigre, si vous suivez toujours ! Puis tout de suite je masse mon visage avec de l'huile de coco qui vient se mélanger à l'hydrolat préalablement déposé.

Alors désolée mais je dois m'étendre un peu sur cette trouvaille. Et pour changer je vais raconter ma vie. Je ne fais pas partie des fans de l'odeur de la noix de coco mais l'huile de coco, pour ma peau en tous cas, est une merveille. Toutes les huiles et crèmes que j'ai testées ne parvenaient pas à suffisamment m'hydrater (et après mon deuxième enfant, allaitement et cie, j'ai eu la peau très, très desséchée...). Et là, plus besoin de me mettre en quête de la crème-miracle-très-chère. Plus besoin non plus de chercher la crème à fabriquer qui allait révolutionner ma vie. Non, simplement l'huile de coco. Sa texture est géniale. C'est une huile solide qui devient liquide quand on l'émulsionne avec ses doigts (à partir de 20 degrés je crois), c'est donc beaucoup plus agréable qu'une huile liquide. Elle pénètre très bien. Donc malgré la sensation très grasse à l'application, au bout de quelques instants, elle est complètement absorbée. Et on la dose selon ses besoins en hydratation. C'est pourquoi je pense qu'elle pourrait convenir à tous les types de peau. Si on a la peau à tendance grasse, on n'en met que très peu sur l'ensemble du visage. Moi, j'en mets beaucoup le soir et moins le matin. En quelques semaines, mon problème a été réglé, je n'ai presque plus la peau sèche (encore un petit peu au réveil sur le bas des joues).
Et je fais bien d'autres utilisations de l'huile de coco dont je vous parlerai.

Donc en résumé :
> Démaquillage avec ses doigts au liniment
> Nettoyage avec un linge doux à l'eau chaude et vinaigre de cidre
> Hydratation : hydrolat et huile de coco

Le matin, je ne fais pas de nettoyage à proprement parler (hi hi). Je fais juste un coup de pshitt d'eau florale puis j'ajoute mon huile de coco à ma peau ainsi humidifiée. Rien de plus simple.

Pour les dents

Important edit ! : l'argile est trop abrasive, je ne l'utilise plus, cela m'abimait l'émail et me provoquait de la sensibilité. J'utilise une poudre ayurvédique douce à base de plantes, juste pour nettoyer au quotidien, et de temps en temps, un petit coup d'argile verte, qui blanchit un peu plus que cette poudre, à appliquer tranquillement. Pour le reste de la toilette, c'est encore beaucoup plus simple : de l'eau, pas de savon, et de l'huile de coco ou autre huile qu'on a sous la main (olive par ex.), avec des gouttes d'huiles essentielle si on le souhaite ou un macérat de plantes. A chacun.e de trouver sa tambouille, mais pas besoin de grand'chose.

Je ne vais pas vous vendre du rêve : c'est l'argile verte illite que j'utilise, elle fait parfaitement l'affaire. Je l'utilise en poudre mélangée avec un peu d'eau dans le creux de ma main pour faire instantanément une pâte... dentifrice. Et ça marche très bien.
L'argile verte illite nettoie de façon mécanique, grâce à sa texture, mais aussi elle attire et emprisonne les impuretés.
Elle absorbe également les odeurs (et ne fait pas que les masquer). Evidemment, si on a de gros problèmes d'haleine, il faut sûrement aller chercher ailleurs que dans l'hygiène quotidienne buccale (dent(s) en mauvais état, problème de métabolisme interne...).
L'argile verte illite a encore le gros avantage d'être reminéralisante. Si on l'absorbe (par petites quantités, et de préférence de qualité Argiletz), c'en est que mieux pour la santé, contrairement aux agents additionnels que l'on peut trouver dans la plupart des dentifrices.
Une fois la période d'adaptation passée (quand on n'a pas l'habitude c'est peu ragoûtant), je vous promets que ça se passe bien. Aujourd'hui c'est le dentifrice "classique" que je ne supporte plus.
Et puis si je viens de croquer un oignon, je préfère absorber une goutte d'huile essentielle de menthe poivrée déposée sur le dos de ma main, ça concurrencera momentanément les doux effluves...

***

Pour la suite, on attendra le prochain épisode parce que là j'ai bien peur d'en avoir perdu deux ou trois en route...

dimanche 20 avril 2014

J.F. cherche...


Accumuler, disperser, en attendant d'y voir mieux (ou pas -  #lamethodequitue #brouilleusedepistesprofessionnelle).

Les bouts de chocolat, eux, ont tous été trouvés, peu importe la méthode !

dimanche 13 avril 2014

Les cabanes de pierres sèches


Balade dans l'Enclos des bories, dans la Forêt des Cèdres de Bonnieux (Luberon).


Des ouvrages en pierres sèches qui ont permis d'épierrer le sol calcaire de cette région et de le cultiver.


Certaines bories dateraient du néolithique. Des cabanes qui ont traversé les âges. Elles ont aussi été le refuge des Vaudois du Luberon persécutés au Moyen-Age.


Le rucher


Parc à animaux


Dans ce village, coexistent trois systèmes de récupération des eaux différents (dont un impressionnant, avec toute une partie du village dallée sur laquelle ruisselaient les eaux jusqu'à un aiguier, un bassin creusé dans le sol) .


Aire de battage


La chance d'être seuls dans ce lieu "chargé"


(La cahute de l'entrée)
Une dame fabrique ces oeuvres végétales et garde le site.


Une fabrication de Dame Nature

mercredi 2 avril 2014

Construire plutôt que détruire


(Parce que les cabanes c'est d'abord pour s'abriter.)




Site du film et du livrehttp://www.perou-considerant.org/index.html

Action "Considérant les politiques municipales" :


"Faire publicité des actes mis en oeuvre en notre nom tels qu'un arrêté d'expulsion pour péril imminent (démontrant dans son argumentaire les manquements de la collectivité à quelques obligations légales élémentaires telles qu'installer un point d'eau, mettre en oeuvre le ramassage des ordures, prévenir les risques d'incendie, effectuer la scolarisation des enfants, enregistrer la domiciliation des familles), est un geste fondamental si tant est que nous demeurions en démocratie. A partir du mois d'avril, et sur toute la durée de la mandature à venir, nous mettrons en place un observatoire des politiques municipales à l'endroit des bidonvilles, observatoire qui prendra la forme d'une plateforme Internet située à cette adresse précise. Afin de cartographier les mauvaises pratiques, condamnables au plus au point ; afin également de cartographier les bonnes pratiques, celles qui contribuent à ce que les familles établies dans les bidonvilles de France ne demeurent pas dans des conditions les pires qui soient, et qui permettent qu'un véritable travail de construction d'un autre avenir s'entreprenne. "


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Site de l'associationhttp://www.perou-paris.org/

Manifeste :


"Nos métropoles occidentales débordent de corps en trop, de rebuts humains épars : expulsés d’ici comme d’ailleurs flanqués à même le bitume ; réfugiés dans les délaissés, déprises, et autres innommables zones ; logés dans l’insalubrité, le surpeuplement ou la solitude, tout au bord de la rue. Simultanément - conséquence et cause tout à la fois - , nos métropoles se dépeuplent de ce qui fait d’une ville une ville : des formes et pratiques de l’accueil et de la solidarité, des espaces et des gestes qui font l’hospitalité. Une analyse des processus urbains à l’œuvre - techniques comme imaginaires - convainc de l’inéluctable aggravation de cette situation : un savoir-faire d’accueil disparaît en même temps qu’explose le nombre de réfugiés économiques parmi nous. Loin de promettre la résorption de l’exclusion urbaine et du péril qu’elle engendre, le développement contemporain de nos métropoles la laisse s’accroître, voire la nourrit. 

Association loi 1901 fondée en septembre 2012, le PEROU est un laboratoire de recherche-action sur la ville hostile conçu pour faire s’articuler action sociale et action architecturale en réponse au péril alentour, et renouveler ainsi savoirs et savoir-faire sur la question. S’en référant aux droits fondamentaux européens de la personne et au « droit à la ville » qui en découle, le PEROU se veut un outil au service de la multitude d’indésirables, communément comptabilisés comme cas sociaux voire ethniques, mais jamais considérés comme habitants à part entière. 
Avec ceux-ci, le PEROU souhaite expérimenter de nouvelles tactiques urbaines - nécessitant le renouvellement des techniques comme des imaginaires - afin de fabriquer l’hospitalité tout contre la ville hostile. Alors que se généralise une politique aussi violente qu’absurde, action publique aux allures de déroute n’ouvrant que sur des impasses humaines - expulsions, destructions, plans d’urgence sans issues, placements et déplacements aveugles, etc - , le PEROU veut faire se multiplier des ripostes constructives, attentives aux hommes, respectueuses de leurs fragiles mais cruciales relations au territoire, modestes mais durables. "

Sébastien Thiéry, le 01 octobre 2012

Président : Gilles Clément, paysagiste
Trésorière : Chloé Bodart, architecte
Secrétaire : Angèle Le Grand, commissaire d’expositions
Coordinateur général : Sébastien Thiéry, politologue


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Site de l'action "emploi"http://www.perou-emploi.org/


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mardi 25 mars 2014

L'Asile des photographies




J'ai vu l'expo L'Asile des photographies à la Maison Rouge à Paris, et c'est pour moi le genre de travail, dans la photographie, ou même dans l'art contemporain, qui fait vraiment sens et me laisse des traces.
Justement, à propos de traces, c'est ce dont il est question :

Il s'agit  d'une "commande" faite au photographe Mathieu Pernot et à l'historien Philippe Artières par Le Point du jour (centre d'art de Cherbourg), lui-même sollicité par une institution de santé, la Fondation Bon-Sauveur. Avant la destruction des vieux bâtiments de l'hôpital psychiatrique de Picauville, est née la volonté de réaliser quelque chose pour la mémoire du lieu et des gens qui y ont séjourné. Et de réaliser quelque chose dans le domaine de l'art.
Je n'y connais rien, mais je dirais que ce genre de démarche doit être rare, et rien que cette genèse-là est fabuleuse.

Or, il s'avère que de nombreuses archives ont été conservées dans cet hôpital, essentiellement photographiques, mais pas uniquement. En découvrant ces trésors, religieusement conservés, mais pas scientifiquement classés, recensés, et comportant des trous, il a semblé aux auteurs qu'ils devaient les mettre en scène comme ils leur sont apparus, retranscrivant ainsi leur expérience, un peu comme si l'on tombait sur des vieux albums de famille. Il ne s'agit pas pour autant d'un déballage exhaustif, leur patte est bien là. 
Au travers des différents documents se mêlent petite et grande histoire, entre photos de fêtes et d'autres de destruction des bâtiments par la guerre. Dans ce lieu retranché où vivaient des "aliénés" et ceux qui s'en occupaient, c'est l'histoire ordinaire que l'on retrouve, c'est nous.
S'y révèlent aussi différents usages et époques de la photographie dans le XXe siècle. C'est un asile des photographies.
Mathieu Pernot a parallèlement réalisé des photos du lieu qui lui a été donné de pénétrer avant sa destruction. 
Sont encore visibles quelques documents de dossiers médicaux faisant allusion à la pratique de la psychiatrie sur des individus au cours du XXe siècle.

Outre le fait que j'aime énormément regarder les albums de famille (tous ceux que je peux trouver sur ma route, sans même savoir qui est qui), l'ensemble de ce travail, tant son contenu que ce qui l'entoure et ce qui l'a fait naître, est une très belle histoire dans laquelle on plonge volontiers et qui a son importance dans notre monde. Cela me renvoie à des questions cruciales aujourd'hui où tout se renouvelle sans cesse : que fait-on du contenu de nos greniers ? quel regard lui accorde-t-on et comment le regarde-t-on ?
J'y suis allée aussi éclairée par ce que j'avais écouté de Christian Caujolle sur la photo vs. l'oubli, c'était une bonne préparation.

C'est jusqu'au 11 mai à la Maison Rouge.

mercredi 19 mars 2014

Petites réalisations


Quand Loulou se déguise c'est du sérieux.

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Des bavoirs pour lilliputiens :


Patron issu des Intemporels pour bébés d'Astrid Le Provost.

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Un chapeau d'été pour 
Mistinguette, avec un reste de tissu et du plumetis :


Patron issu des Intemporels pour bébés d'Astrid Le Provost.


Mistinguette a vite fait de renfiler le bonnet de sa tía, le gilet de sa mamita et les bottes de pluie. C'est plus adéquat pour observer le chien des voisins du haut de sa tour de guet.


mercredi 12 mars 2014

Mes "petits anges"



Je suis une looseuse de la lecture. 
Il me faut tellement d'efforts pour digérer ce que je lis que le plus souvent l'instant de grâce se meurt avant d'être arrivée "au bout". 
Après tout, Brassens ne répondit-il pas à Püppchen, dans les premiers temps de leur rencontre : "Aujourd'hui, j'ai lu une page." ?
Parfois, selon les oeuvres, selon ma lubie du moment, me prend une soif que je ne peux étancher et je suis prête à dévorer. 
Ces phases de lecture sont des îlots dans un grand désert. Je ne sais pas pourquoi je préfère vivre la plupart du temps dans le désert. Remarquez, c'est un bon lieu de digestion.

Je profite d'une bouffée qui m'a permis d'achever, après une pause très prolongée, une lecture bien dense. Je vous exhorte aujourd'hui à lire, non pas un texte court, mais carrément un roman : Tempo di Roma. La providence me l'a mis entre les mains l'été dernier. Jimmy, un "petit type" qui vient du Nord, nous entraîne dans son exil à Rome, où il atterrit après la guerre. On le suit dans ses errances et ses rencontres. L'écriture est virtuose, puissante et lumineuse. Elle marque.
Alexis Curvers est un auteur belge du XXe dont je n'avais jamais entendu parler. Ce n'est pas tous les jours que l'on tombe sur une belle âme.

Evidemment, dans l'enveloppe du roman, ce sont plein de petits passages qui font ma nourriture. En voici seulement quatre pour peut-être vous donner envie, mais comment choisir ?

"J'avais déjà quitté dans ma courte vie bien des lieux et bien des personnes que je ne reverrais jamais. Mais je ne m'accoutumais pas aux séparations. Si je m'étais écouté, j'aurais demandé à tous ces habitants de Carpi de me conter leur histoire et de me donner régulièrement des nouvelles par la suite. Il m'arrive de m'éveiller la nuit en pleurant, pour avoir rencontré en rêve des visages dont je ne sais même plus en quelles circonstances j'ai enregistré les traits, deviné le secret, accepté le sourire ; réels cependant, et distincts, mais tous, comme des ombres, me suppliant de ne pas les oublier. Et je savais que les habitants de Carpi, dont j'ignorais absolument tout sauf les quelques regards qu'ils avaient échangés avec moi entre le soir et le matin, renaîtraient ainsi plus d'une fois dans mes songes et que, à quelque distance qu'ils dussent m'adresser leur prière, je ne pourrais pas, tant que je vivrais, leur refuser cette immortalité que déjà, en me disant adieu, ils réclamaient de moi."

"De temps en temps, sans se retourner, Ambrucci levait un bras pour me désigner un tournant, un surplomb, un pont nouvellement reconstruit dont les pierres encore lisses avaient la fraîcheur du pain tendre mais dont l'arche et les piles donnaient aux rives du torrent presque à sec le style d'un paysage antique de Poussin. Ambrucci ne connaissait pas Poussin. Il me montrait des choses qui lui semblaient belles. Elles l'étaient. Les ingénieurs qui les avaient conçues, les manoeuvres qui les avaient exécutées les avaient voulues belles, d'abord belles. Et, parce qu'elles étaient belles, aucune autre qualité n'y manquait. Elles étaient commodes et solides par surcroît. Les meilleurs ponts, les meilleurs aqueducs, les meilleures motocyclettes sont l'oeuvre d'un peuple d'artistes, de flâneurs, de joueurs de mandoline. Je n'en suis pas surpris. Mais cela s'ignore chez les barbares, lesquels sont convaincus qu'il est raisonnable de "sacrifier la beauté au pratique", comme on disait chez moi, et vivent par conséquent à la fois dans la laideur et dans l'inconfort. Pauvres barbares si contents d'eux-mêmes ! "

"Le lit du Tibre ressemble à celui d'une noble matrone tombée un peu dans la misère, un peu dans la courtisanerie : brodé d'or et pouilleux, il s'étend au milieu d'un faste délabré, poignant. Je reconnus enfin le château Saint-Ange, qui me rappela le dernier acte de La Tosca : "Les armes ne sont pas chargées..." Elles l'étaient, pauvre type. Mario Cavaradossi continuait à mourir tous les soirs sur des scènes d'opéra devant des foules en larmes, extasiées et se mordant les lèvres : tels j'avais vu mes parents, grands amateurs d'art lyrique, à la représentation de l'oeuvre de Puccini où ils m'avaient emmené. Moi, je souffrais trop pour applaudir. Comment peut-on tuer un être humain ? C'est ce que même les années de guerre ne m'avaient pas encore fait comprendre, quand toutes les armes étaient chargées. Ma mère, en ce moment présent, sachant que j'étais à Rome, se souvenait peut-être aussi de Mario Cavaradossi et tremblait que je ne me misse à mon tour dans le cas d'être fusillé sur la terrasse de ce château Saint-Ange dont je considérais à faible distance la masse crénelée et cylindrique, imprégnée par les siècles des admirables couleurs du sang séché. On le visitait aujourd'hui comme un musée, ce qu'ignoraient ma mère et, fort heureusement, mes Zurichois. On fusillait toujours, mais en d'autres lieux, qui ne deviendraient pas des décors d'opéra."

"- Regardez cette église, dit-il. C'est dans Rome celle qui ressemble le moins à un théâtre. Un curé, homme de goût, l'a nettoyée de toute idolâtrie. Pourtant, l'on y éprouve avec intensité la présence divine. Tout en elle est véridique. Elle atteste une civilisation du marbre et du porphyre, du solide et du rare. Qu'avons-nous aujourd'hui ? Une civilisation du papier. Or, le papier plus que la pierre est difficile à réduire. On nous construit, en guise de monuments, d'infranchissables murailles de papier sans fenêtres ni portes, entre lesquelles l'homme est de plus en plus prisonnier, tandis qu'il se sent libre dans cette église de pierre.
-Mais tout cela, dis-je, ne signifie pas que j'échouerai à l'examen.
-Si, dit-il. Cet examen est une affaire de papiers. On vous a envoyé des papiers, vous remplirez des papiers, on vous délivrera des papiers, et tous ces papiers décideront de votre sort. Que manque-t-il à Pia pour épouser Paolino ? Des papiers. Pourquoi Fedele est-il infirme et mari d'une putain ? Parce qu'il n'avait pas ses papiers en règle. Le monde entier court et soupire après des papiers. Comme autrefois pour les femmes ou pour l'or, on se ruine, on se tue, on se déshonore pour des papiers. L'homme puissant n'est plus le héros, ni le thaumaturge, ni le génie, ni le monarque, ni le riche, c'est celui qui, par les papiers dont il dispose, a droit de vie et de mort sur ses semblables. L'Italie s'efforçait désespérément d'échapper à cette tyrannie implacable et futile. Elle y succombe irrésistiblement. Vous-même, par cet examen, on vous contraint à entrer dans le cycle du papier. Vous avez depuis ce matin le doigt dans l'engrenage. Je souhaite que vous en sortiez vivant.
- J'en sortirai, dis-je, parce que je m'en fiche. Avec ou sans papiers, j'ai appris à me débrouiller.
- Dieu vous entende, dit Sir Craven."

Tempo di Roma, Alexis Curvers, édité en 1957 par Robert Laffont (après avoir été refusé chez Gallimard), réédité en 1991 par Labor, collection Espace Nord.

, un endroit où seront amassées quelques glanes.